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La place de l’eau dans les villes durables

Le premier « Observatoire des usages émergents de la ville », réalisé par l’Observatoire société et consommation (L’Obsoco), a été rendu public le 16 novembre 2017. Premier enseignement : la ville a une image globalement négative. Ce constat, sévère, doit nous amener à repenser certains aspects de l’aménagement urbain et notamment de la place de l’eau et de la nature en ville. « Les nuisances, le bruit, la pollution, la promiscuité, la fatigue, la cherté, l’emportent sur le versant positif, à savoir l’effervescence, la culture… », résume Philippe Moati, professeur agrégé d’économie et coprésident de L’Obsoco (1)
Aujourd’hui, nos villes sont souvent très minérales. Bâtiments, routes, parvis sont faits de béton et de pierre. L’utilisation excessive de ces matériaux a eu pour conséquence de nuire à la qualité de vie des habitants. Pour lutter contre cette tendance, les villes de demain, qui se construisent déjà aujourd’hui, seront durables et intelligentes mais elles devront aussi replacer l’eau et la nature au cœur de l’urbanisme.

Du béton à la végétalisation : la place de l’eau en ville

La surutilisation de matières minérales dans la construction des villes a bouleversé leur équilibre. Cette forte concentration a endommagé la biodiversité et favorisé le développement « d’ilots de chaleur » qui génèrent des températures supérieures en zone urbaine. Rendre les villes plus perméables, en remettant de la terre à la surface, permettra à l’eau de pluie de s’infiltrer et favorisera la végétation ; c’est devenu un des enjeux forts pour les urbanistes.

De plus, privilégier le parvis végétal au parvis minéral est un objectif partagé avec l’idée de remettre de la nature en ville.
Concrètement de nombreux projets prennent déjà vie. Ils permettent à la fois de mieux gérer l’eau dans les espaces urbains, notamment l’eau de pluie, et d’engendrer fraicheur et biodiversité grâce au déploiement d’espaces végétalisés.

Redonner place à l’eau dans la ville du futur consiste avant tout à réinvestir le territoire qui est naturellement le sien et à rétablir son cycle aujourd’hui court-circuité. Actuellement, l’eau de pluie tombe sur les toits, rejoint les canalisations, les réseaux d’assainissement et passe par une station d’épuration. L’eau alors rejetée dans les rivières a perdu de sa qualité. Alors que dans son cycle naturel, la filtration dans le sol puis son passage par les nappes phréatiques avant d’atteindre les rivières maintient la qualité de l’eau.

Reconstituer la nature dans la ville

La prise en compte de la place de l’eau est au centre des futurs projets urbains. De nombreux aménagements peuvent ainsi être mis en œuvre. Par exemple, sur les périphéries, l’implantation de fossés enherbés est une bonne alternative aux réseaux de canalisation. Ils permettent à l’eau qui s’écoule sur les surfaces imperméables d’être redirigée vers des espaces végétalisés, favorisant ainsi l’infiltration et le développement d’une faune intéressante.

D’autres projets sont également possibles, comme la démocratisation des toitures végétalisées qui recyclent une partie de l’eau récoltée. Ou comme la remise à jour de tronçons de rivières urbaines qui circulent dans des canalisations souterraines depuis des dizaines d’années, comme la Bièvre en région parisienne.

Ces actions qui contribuent à recréer des espaces naturels au cœur des villes ont de nombreux effets bénéfiques : le développement de végétation contribue à la biodiversité et à diminuer la température urbaine, de plusieurs degrés en moyenne.

L’eau et le végétal possèdent également un réel intérêt sociologique dans les espaces urbains. Les secteurs naturels, végétalisés ou aquatiques, sont ainsi particulièrement appréciés et fréquentés par le public dans toutes les grandes agglomérations.

L’eau jouera donc un rôle central dans les villes du futur. Elle sera remise au centre de l’urbanisme avec des technologies qui permettront de faciliter sa gestion. Ainsi, par exemple, les canalisations sont de plus en plus équipées de capteurs, dédiés à la détection automatique des secteurs de fuite, pour permettre un pilotage et une maintenance précise.

La ville du futur sera durable, connectée mais elle doit aussi être riche d’espaces naturels dédiés au bien-être de ses habitants. Elle se matérialise déjà aujourd’hui dans des villes innovantes comme Singapour, qui trouve un équilibre entre la forte présence de hautes-technologies et les espaces végétaux qui se multiplient.
Smart city ne doit pas uniquement dire ville et réseaux connectés : la ville intelligente sera aussi celle qui combinera espaces naturels et reconstitution du cycle naturel de l’eau.

(1) Le Monde : Le « smart city » peine à séduire les Français, 16 novembre 2017 http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/11/16/les-francais-ne-sont-pas-seduits-par-la-smart-city_5215555_3234.html

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