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L’ingénierie éclairée

Le risque gravitaire : un mal invisible mais bien présent

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Éboulement rocheux sur une route
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Les risques gravitaires constituent une menace naturelle importante omniprésente en zone montagneuse et sur le littoral. Ils sont fréquemment coûteux en dégâts matériels mais peuvent aussi menacer la vie humaine. En témoigne l’accident du 2 décembre 2019, sur le village des Mées (04) situé dans les Alpes-de-Haute-Provence, où une masse rocheuse de 3 000 m² s’est décrochée en amont du village, emportant dans son passage trois maisons et en endommageant deux autres. Deux personnes légèrement blessées étaient à déplorer, mais fort heureusement, cette chute n’a pas entraîné d’accident mortel.

Que sont les risques gravitaires ?

Les risques gravitaires sont liés aux déplacements de terrain, plus ou moins soudains et rapides, déstabilisés sous l’effet d’influences naturelles (précipitations, gel/dégel, érosion, etc.) ou anthropique (terrassement, déboisement, etc…). On redoute principalement, les glissements de terrains, généralement lents, et les phénomènes rapides, éboulement, laves torrentielles et coulées boueuses. Le glissement de terrain est un déplacement d’une masse de sol. Il est appelé « glissement plan » lorsqu’il se produit le long d’une surface plane. Lorsque le glissement survient sur une surface convexe, il est appelé « glissement rotationnel ». Les profondeurs des surfaces de glissement sont très variables : de quelques mètres à plusieurs dizaines de mètres, voire jusqu’à une centaine de mètres pour certains glissements de versant.

Glissements de terrain

L’éboulement rocheux est un mouvement d’un ou plusieurs éléments rocheux par chute libre, glissement, rebond ou roulement, avec ou sans interactions entre les éléments éboulés. Cette chute de matière peut entraîner le déplacement de quelques pierres (élément de volume inférieur à une dizaine de décimètres cube) à plusieurs milliers de tonnes de roches.

Exemple d’éboulements rocheux et de chutes de blocs

Les coulées de boue et les laves torrentielles se caractérisent par une forte proportion d’eau et un aspect visqueux ou fluide. Les coulées de boue prennent fréquemment naissance dans la partie aval d’un glissement de terrain. Les laves torrentielles se développent au sein du réseau hydrographique et mobilisent dans un torrent une masse plus ou moins boueuse et plus ou moins chargée de blocs de toute taille.

Des dommages collatéraux

En dehors de leurs dégâts directs facilement qualifiables, les risques gravitaires peuvent souvent générer des dommages indirects importants. Le glissement de terrain ou la chute de bloc sur un axe d’infrastructure majeur, par exemple, va couper cet axe, entravant de fait le déplacement des personnes et des marchandises. Dans des territoires peu accessibles, le risque d’isolement devient donc majeur. L’enjeu primordial pour les territoires est bel et bien d’éviter de telles situations. Prenons le cas, par exemple, de l’île de La Réunion : la route du littoral, qui est  un axe principal de circulation, est fréquemment rendue inaccessible par la chute de rochers. Malgré l’emploi de nombreux équipements pour tenter de réduire ce risque, rien n’y a fait et l’île entame la construction d’une nouvelle route, cette fois-ci en mer.

Les études trajectographiques pour prévenir et évaluer

L’étude géotechnique permet d’évaluer le risque de glissement de terrain. L’étude trajectographique, quant à elle, permet d’évaluer celui de la chute de rocher, appelé « bloc » lorsqu’il présente un volume de quelques litres à quelques mètre cubes.  Sur la base d’une inspection visuelle et d’essais réalisés par des cordistes directement sur la paroi rocheuse, les données collectées sur le terrain donnent lieu à une modélisation cartographique. Ces informations permettent de cibler les blocs présentant un risque de décrochage, d’anticiper leurs trajectoires si tel était le cas et de mettre en œuvre des actions préventives. Ces études, réalisées par un bureau d’études, s’intègrent dans tout projet prévu dans une zone soumise à un aléa de chute de blocs dans un plan de prévention des risques mais peuvent également être réalisées sur simple demande d’un propriétaire, d’un exploitant, d’un maître d’ouvrage ou bien encore d’un maître d’œuvre.

  • Les mairies ou communautés de communes peuvent par exemple confier un mandat de sécurisation pour un projet de sentiers de randonnées afin de développer l’attractivité de leur région.
  • Les conseils généraux, les directions régionales chargées des réseaux routiers nationaux, les sociétés d’autoroutes, les voies ferroviaires font régulièrement appel à des experts afin de sécuriser les différentes voies de communication à risque dont ils ont la charge (routes, rails, etc.)
  • Les industriels de l’énergie hydraulique dont les barrages se situent le plus souvent en montagne mais aussi les usines à proximité de montagnes, de falaises ou dans un environnement qui génèrent des risques gravitaires.

Les entreprises privées ou les particuliers qui souhaitent construire un bâtiment ou une habitation peuvent faire appel à des experts afin de déterminer si des aléas de chutes de rochers sont susceptibles de se produire sur la parcelle à construire et apporter des solutions préventives le cas échéant.

Quelles sont les solutions apportées aux risques rocheux ?

Christophe Delaunay, responsable de la division « risque rocheux – IMSRN » chez Ginger CEBTP de Grenoble note qu’il convient de différencier les mécanismes réguliers des phénomènes soudains et anormaux. En effet, les roches sont soumises à des mouvements cycliques dus par exemple à des variations de températures quotidiennes ou saisonnières qui entraînent dilatation et rétractation. Ces « phénomènes réversibles » sont jugés tout à fait normaux. En revanche, lorsque l’on note un changement brutal dans cette mécanique, le « phénomène irréversible » qui traduit l’attraction inéluctable du bloc vers le sol, nécessite un traitement. Autrement dit le bloc menaçant doit être retiré (purgé), conforté, ou les enjeux mis à l’abri.

« La gestion du risque rocheux repose sur des méthodes d’analyses qui visent à réduire les dommages potentiels » nous explique Christophe Delaunay.

Plusieurs stratégies de protection peuvent être mises en place. L’instrumentation ou le « monitoring » qui se traduit par l’installation de capteurs sur les blocs afin de déterminer leur stabilité ou au contraire leur instabilité. Ils sont mis sous surveillance.

En fonction des conclusions des études trajectographiques, si le risque est avéré, il pourra être décidé de purger la zone. Le confortement, qui consiste à améliorer la stabilité d’un volume rocheux, peut aussi être mis en œuvre à l’aide de travaux de clouage, butons, etc. Lorsque le site s’y prête, la pose de merlons (écran de protection) en remblais en pied des versants peut être envisagée afin d’arrêter les chutes de rochers et ainsi protéger les habitations et autres infrastructures. Cependant, la pose d’écran pare-blocs ou de grillages plaqués à même la roche en aval peut être préférée lorsqu’une chaussée se trouve au pied de la falaise par exemple.

Le réchauffement climatique accroît le risque gravitaire

Le réchauffement climatique peut jouer un rôle aggravant dans ces risques naturels. En effet, une élévation des températures en montagne même minime contribue à l’accélération de la fonte des glaces et au réchauffement plus en profondeur des massifs rocheux, fragilisant de fait la structure même d’une paroi rocheuse.

De même, les apports d’eau associés aux précipitations plus violentes favorisent d’une manière générale les glissements de terrains, les coulées boueuses et les laves torrentielles qui peuvent avoir de graves conséquences. Sur le littoral, l’érosion des côtes contribue à modifier le visage de nos bords de mer, apportant ainsi une accentuation du risque gravitaire.

Rien ne paraît être figé ! Et si le réchauffement climatique nous semble encore très abstrait, il œuvre peut-être finalement en sourdine pour modifier les paysages. Qui sait si nous aurons encore longtemps la chance d’admirer l’aiguille creuse d’Étretat qui a inspiré Maurice Blanc et son gentleman cambrioleur ?

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