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Les « nez » existent aussi dans l’ingénierie

Si vous connaissez le métier de nez dans la parfumerie, saviez-vous qu’il existe aussi des nez dans l’ingénierie environnementale ? A l’inverse de l’industrie du parfum, le nez en environnement travaille avant tout à la détection et à l’identification d’odeurs qui sont sources de nuisances pour les populations. Ces émanations sont généralement issues d’activités industrielles diverses : station d’épuration, usine de méthanisation, compostage, pétrochimie, atelier de peinture, les sources peuvent être extrêmement variées. Cela va même jusqu’aux activités de torréfaction de café ou aux chocolateries. L’objectif d’une étude odeurs est de dresser l’inventaire des sources odorantes d’une activité, d’en décrire la nature, l’intensité et de déduire les mécanismes qui conduisent à la propagation depuis le site émetteur jusqu’au riverain. Cette compréhension est un préalable à la recherche de solutions de remédiation pour faire disparaître les nuisances, ou lorsque cela n’est pas possible, d’en réduire la portée.

Les odeurs sont par nature complexes

Si sur le papier une mission de ce type semble évidente à réaliser, elle l’est beaucoup moins en pratique. Car une odeur n’est jamais une simple odeur. Il ne s’agit pas d’une appréciation binaire mais bien d’une construction sensorielle complexe impliquant de nombreuses aires cérébrales. Et le sens olfactif chez l’être humain peut s’avérer redoutablement efficace. Certains composés peuvent être détectés à des quantités de présence dans l’air infimes. Par exemple, la molécule pyrrolidino[1,2-e]-4H-2,4-diméthyl-1,3,5-dithiazine peut être détectée par l’homme à une concentration de 10-18 g/L d’eau, ce qui correspond à environ 4 μg dilué dans une piscine olympique.

Même si la détection de la molécule odorante se produit dans les fosses nasales, c’est le relais de cette information nerveuse vers un faisceau interconnecté de régions cérébrales qui en permet l’analyse et l’interprétation. On compte environ 5 millions de neurones olfactifs. Et si des personnes sont plus sensibles à certains types d’odeurs, ce n’est pas forcément parce qu’ils ont un sens plus développé, mais souvent parce qu’il est plus sollicité.

Le sens olfactif, ça se travaille

Cette compétence est avant tout une discipline basée sur la formation continue et une riche expérience des ingénieurs qui sont spécialisés en la matière. Chez BURGEAP, une cellule de 5 nez est déployée sur le territoire français. Et le parcours est long pour pouvoir être opérationnel. Tout comme en parfumerie, il est essentiel de muscler ce sens pour faciliter l’identification des odeurs. Afin d’acquérir les bases, un ingénieur va, préalablement à la réalisation de sa première étude, suivre une formation initiale qui s’étendra sur une période de six mois.

La formation de ces nez consiste à apprendre à reconnaître 45 molécules odorantes spécifiquement sélectionnées pour correspondre aux champs d’applications classiquement rencontrés sur le terrain. A l’aide de ces 45 molécules, le nez est en mesure de décrire la majorité des odeurs rencontrées.

Et l’apprentissage ne s’arrête pas là pour ces ingénieurs. Des tests sont conduits à chaque semaine de l’année pour consolider les acquis, s’entraîner et assimiler de nouvelles molécules. Après quelques années de pratique, un nez aguerri en suivi environnemental sera capable d’identifier entre 200 et 300 molécules olfactives.

Un métier d’ingénieur

Pour réaliser une étude odeurs, l’ingénieur se rend sur site afin de comprendre son fonctionnement et de déterminer quels sont les ouvrages, équipements ou conditions d’exploitations susceptibles de favoriser l’apparition des odeurs.

Les connaissances du nez lui permettent de définir objectivement la nature des odeurs en présence et d’en décrire l’intensité. Outre sa qualification olfactive, l’ingénieur d’études dispose de connaissances en génie des procédés et en dispersion gazeuse qui lui confèrent un regard critique quant à la proposition de solutions de réduction des nuisances. La seule capacité à sentir n’est pas suffisante pour mener un diagnostic de ce type, et que la compétence clé reste celle de l’ingénierie.

La technologie ne remplace pas l’odorat humain

A ce jour, la mise au point d’un nez électronique capable de détecter les odeurs sources de nuisance est un champ de recherche qui constitue un défi de taille. Les projets de développement voient le jour pour lesquels des résultats prometteurs s’ébauchent. Cependant, ces technologies sont encore au stade exploratoire et s’essaient à des cas de surveillance très spécifiques.

La complexité du problème réside dans le fait que, même appliqué à un secteur d’activité donné, la variabilité des molécules odorantes responsables des nuisances est grande, ce qui implique de disposer de capteurs capables de détecter un large spectre de composés. Cette complexité est d’autant plus grande si on considère qu’il s’agit de mélanges de molécules dont certaines sont perceptibles par l’homme à des niveaux de concentration plus infime que ne peuvent le détecter les capteurs de mesure standards. C’est notamment le cas de certaines molécules soufrées.

Vous l’aurez compris, le nez électronique de surveillance environnementale n’est pas pour demain. Il faudra donc continuer à se fier à son flair.

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