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L’ingénierie éclairée

L’entretien des ponts, un enjeu local

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Alors qu’il est annoncé la construction du nouveau pont de Gênes pour Noël 2019, les ouvrages d’art restent au cœur de l’attention médiatique. Et plus particulièrement nos ponts. La récente rupture d’un câble de précontrainte sur le pont de l’Île de Ré a cristallisé le débat sur l’état de nos ouvrages d’art en France. Les collectivités locales ont un rôle de premier rang à jouer dans cette bataille.

85% des ponts sont gérés par les collectivités locales

Sur les 200 000 ponts existants sur le territoire national, on connaît surtout ceux gérés par les sociétés privées et qui représentent les ouvrages d’art les plus imposants et les plus spectaculaires : tel est le cas du viaduc de Millau ou du pont de Normandie. Il y en a 15 000 exploités par des concessionnaires privés. Ceux-là sont globalement suivis et pour la plupart bien entretenus.

L’État est quant à lui gestionnaire de 12 000 ponts français. Le ministère de la Transition écologique et solidaire fait mention dans un rapport publié l’été dernier que « 30% du parc d’ouvrages nécessite un entretien ou de grosses réparations » et qu’à terme 7% présenteraient des « risques d’effondrement ».

Enfin, 85% des ponts, soit 170 000 ouvrages, sont gérés par les collectivités locales et les communes elles-mêmes. C’est-à-dire la quasi-totalité du parc. Et c’est là que le bât blesse car il est difficile, voire impossible à ce jour, de donner une vision précise de l’état de santé de ces ouvrages. Les ponts ancrés dans la ville, eux, sont considérés et suivis, mais c’est généralement moins le cas de certains ponts forestiers ou passerelles situées en périphérie des villes et des communes.

graphique camembert sur la part de la propriété des ponts français

Des ponts en pierre, en métal et en béton

D’après l’association de l’Ingénierie de la Maintenance du Génie Civil (IMGC), 60% des ponts sont fabriqués en maçonnerie ou en brique, 10% sont en métal et 30% sont en béton. Ces spécificités liées aux matériaux constitutifs de l’ouvrage vont régir l’entretien et notifier les points de vigilance. Les ponts en maçonnerie vont se montrer sensibles aux agressions hydrauliques ; alors que les ponts en métal vont particulièrement subir la corrosion ; et les ponts en béton sont généralement touchés de fissuration et de corrosion des armatures.

La classification des risques en 5 familles

Une liste des 164 plus grands ponts a été dressée l’été dernier pour évaluer leur état de santé, dont 23 ponts sont catégorisés U3, autrement dit se trouvant dans un état critique. Il faut savoir que cette catégorisation est issue de l’indicateur IQOA (Image de la Qualité des Ouvrages d’Art) qui classe les ouvrages en 5 familles :

tableau de 3 lignes sur les risques des ponts

Gérer ses ouvrages d’art en 3 étapes

Assurer la pérennité des ouvrages d’art revêt une importance capitale pour le bon fonctionnement d’un territoire. Pour cela, il est impératif de connaître l’état de santé initial de son patrimoine. Plutôt que d’envisager un tel chantier dans l’urgence, il s’agit là de construire un véritable programme de maintenance à long terme qui équilibrera et répartira les travaux et le budget dans la durée. Le recours à un bureau d’étude spécialisé est indispensable pour accompagner les gestionnaires ou les services techniques des mairies dans une vision globale du patrimoine et pour dresser une photographie précise de chaque ouvrage d’art.

1. Étude documentaire : la première des étapes réside dans le fait de retracer la fiche d’identité de chaque ouvrage : leur année de construction, les matériaux utilisés, les actions d’entretien déjà opérées, les rapports des études antérieures et surtout les plans de chacun des ponts. Mieux cette connaissance préalable sera documentée et plus le suivi des ouvrages sera précis car il permettra éventuellement de détecter de désordres qui n’existaient pas lors de la précédente inspection. Cette matière documentaire historique servira également à l’optimisation de l’inspection à venir et en améliorera son efficacité.

2. Inspection : on distingue deux types d’inspection

  • L’inspection visuelle rapide : elle a pour but de relever les désordres et les détériorations visibles : rouilles, fissures, éclatements, nids de poules, calcites, etc. Elle est rapide et ne nécessite pas de moyen d’accès.
  • L’inspection détaillée : elle donne un avis argumenté sur l’état de l’ouvrage et son évolution probable basée sur le relevé et de l’analyse des dégradations visibles, de l’examen du dossier de l’ouvrage. Le cas échéant, l’avis se basera sur l’analyse des actions de surveillance métrologique, d’auscultations ou de contrôles non destructifs. Il sera ensuite proposé des actions à entreprendre pour garantir la sécurité des usagers et maintenir le niveau de service de l’ouvrage. L’inspecteur doit pouvoir accès et toucher toutes les parties de l’ouvrage. De ce fait, la prestation peut nécessiter  la mise en œuvre de nacelles positives ou négatives afin d’atteindre les zones difficilement accessibles (piles, pylônes et sous le tablier notamment). L’appel à un drone peut s’avérer être un recours judicieux pour des volumes d’inspection importants ainsi que pour l’exploitation à haute valeur ajoutée des données pouvant être menées a posteriori.

Attention, l’inspection ne fait pas office de diagnostic. Elle ne comprend pas d’auscultation approfondie qui mettrait en œuvre des technologies radar ou d’analyse de pathologies des matériaux. L’inspection se cantonne à un état des lieux visuel.

cordiste en rappel avec un bloc notes pour inspecter le pont

3. Préconisations : sur la base de l’inspection visuelle, chaque ouvrage sera classé sur l’une des 5 familles IQOA précédemment mentionnées. Le rapport donnera des recommandations visant la priorisation des actions à mener sur chacun des ouvrages.

Un diagnostic pour évaluer la santé de l’existant

Les inspections visuelles ont leurs limites. Une inspection visuelle est un bon début mais ce n’est pas tout. Une fois qu’un désordre est identifié, il faut le quantifier. Et pour cela il est nécessaire de réaliser un diagnostic détaillé pour prélever des échantillons, déterminer par des analyses poussées de l’état de dégradation ou les métrés d’acier corrodés à changer. Il faudra, éventuellement, coupler ce diagnostic à des calculs pour déterminer un degré d’urgence plus précis pour la réalisation des travaux.

Dans un souci d’efficacité opérationnelle, mais aussi budgétaire, la logique qui prévaut dans la gestion de ses ouvrages d’art se situe dans la conduite d’une approche préventive plutôt que curative. Attendre l’apparition de désordres manifestes avant de se soucier de leur maintenance est en effet souvent plus onéreux qu’adopter une démarche pro-active et d’anticipation. Il est rappelé qu’un maître d’ouvrage doit procéder au moins à des visites annuelles.

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Débats et réactions

Vos réactions

  1. Dominique Bernardi dit :

    Merci pour cet article fort intéressant et grâce aux statistiques publiées, on se rend compte que les 60% d’ ouvrages en pierre ou en briques doivent avoir plus d’un siècle….et certainement ce sont les plus résistants grâce à la maçonnerie qui les rend particulièrement étanche et par l’absence de métal source de corrosion par oxydation.

    1. Groupe Ginger dit :

      Bonjour Dominique et merci pour votre commentaire. Il est vrai que les ouvrages en maçonnerie démontre une résistance à toute épreuve. C’est un phénomène que nous observons également sur les balcons.

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